Calorifugeage des réseaux : l’échéance réglementaire initialement prévue en 2027 est reportée au 1er janvier 2030 pour les bâtiments existants concernés. Même calendrier pour certaines obligations liées aux systèmes de régulation et aux automatismes des bâtiments tertiaires.
Faut-il en conclure que les entreprises peuvent attendre avant d’engager leurs travaux de rénovation énergétique ? Pas nécessairement.
Pour les bâtiments tertiaires de 1 000 m² ou plus soumis au dispositif Éco Énergie Tertiaire, l’objectif de réduction de la consommation d’énergie finale reste fixé à -40 % d’ici 2030, par rapport à une consommation de référence, ou au respect de l’objectif en valeur absolue applicable.
Pour les directeurs immobiliers, responsables énergie et gestionnaires de patrimoine, le véritable enjeu est donc de profiter du délai réglementaire pour planifier les interventions, réduire les consommations et éviter de concentrer tous les investissements à l’approche de 2030.
Que change le décret du 26 décembre 2025 ?
Le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 modifie le calendrier de plusieurs obligations concernant les bâtiments existants. Il concerne trois sujets distincts : l’automatisation et le contrôle des bâtiments tertiaires, la régulation de la température des systèmes de chauffage et de refroidissement, ainsi que l’isolation de certains réseaux de distribution de chaleur et de froid.
Les obligations concernées sont reportées au 1er janvier 2030 pour les bâtiments existants visés par les textes. Le calendrier reste différent pour les constructions neuves concernées par les dispositions réglementaires.
Le report ne signifie donc ni une suppression des obligations ni une suspension générale de la réglementation énergétique.
1. Le calorifugeage des réseaux de chaleur et de froid
Le calorifugeage consiste à isoler les canalisations qui transportent la chaleur ou le froid afin de limiter les échanges thermiques avec leur environnement.
Dans les bâtiments concernés, l’obligation porte notamment sur les réseaux de distribution de chauffage et d’eau chaude sanitaire situés à l’extérieur ou hors du volume chauffé, ainsi que sur les réseaux de froid situés hors du volume refroidi.
Sans isolation adaptée, une partie de l’énergie transportée peut être dissipée dans des locaux techniques, des circulations ou d’autres espaces où elle n’est pas utile.
Pour un gestionnaire de bâtiment, le report à 2030 peut permettre de programmer les interventions en tenant compte des contraintes d’accès aux canalisations, des arrêts techniques et des autres travaux de rénovation prévus.
Il reste toutefois pertinent d’inspecter dès maintenant l’état des réseaux et de repérer les tronçons insuffisamment isolés. Une intervention anticipée peut présenter un intérêt énergétique avant même l’échéance réglementaire.
2. Les thermostats et la régulation du chauffage
Une installation de chauffage performante ne dépend pas uniquement du rendement du générateur. Elle dépend aussi de la manière dont la température est régulée selon les zones, les horaires et les besoins réels du bâtiment.
Une régulation inadaptée peut entraîner une chauffe excessive, un fonctionnement prolongé pendant les périodes d’inoccupation ou des températures différentes de celles recherchées.
Les dispositions réglementaires relatives à la régulation des systèmes de chauffage et de refroidissement prévoient des exigences spécifiques, dont le calendrier d’application aux bâtiments existants concernés a été reporté au 1er janvier 2030.
Pour les entreprises, ce délai peut être utilisé pour analyser le fonctionnement des équipements, vérifier les possibilités de pilotage par zone et définir les travaux nécessaires.
L’objectif opérationnel est de chauffer au bon moment, au bon niveau et dans les espaces qui en ont réellement besoin.
3. Les systèmes BACS : automatiser et piloter les équipements techniques
Les BACS (Building Automation and Control Systems) sont des systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments. Ils permettent notamment de superviser et de piloter les équipements techniques, comme le chauffage, la climatisation et la ventilation.
Le décret BACS vise notamment les bâtiments tertiaires équipés de systèmes de chauffage ou de climatisation, avec ou sans ventilation, dont la puissance nominale utile est supérieure à 70 kW, sous réserve des conditions et exceptions prévues par les textes.
Pour les bâtiments existants concernés, l’échéance précédemment fixée à 2027 a été reportée au 1er janvier 2030.
Un système BACS peut aider à détecter les dérives de fonctionnement, à adapter les consignes et à mieux coordonner les équipements. Son intérêt ne se limite donc pas à la conformité : il peut aussi contribuer à une gestion énergétique plus précise.
Le choix de la solution doit toutefois tenir compte des installations existantes, de leur compatibilité, des besoins de supervision et des conditions réglementaires applicables au bâtiment.
Le décret tertiaire : pourquoi l’objectif de -40 % reste déterminant
Le report de certaines échéances techniques ne modifie pas, à lui seul, les objectifs du dispositif Éco Énergie Tertiaire, également appelé décret tertiaire.
Ce dispositif concerne les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments dont la surface d’activités tertiaires atteint au moins 1 000 m², selon les règles de calcul et les situations définies par la réglementation.
Il impose une trajectoire de réduction des consommations d’énergie finale avec des objectifs à atteindre en 2030, 2040 et 2050.
Ces réductions sont calculées par rapport à une consommation énergétique de référence, selon les règles du dispositif. Une autre voie consiste à atteindre un niveau de consommation en valeur absolue adapté à la catégorie d’activité concernée.
Les assujettis doivent également transmettre leurs consommations énergétiques sur la plateforme OPERAT, conformément aux obligations applicables.
Les informations officielles sont disponibles sur Service-Public Entreprendre : réduction de la consommation d’énergie dans les bâtiments à usage tertiaire.
Pourquoi le report à 2030 ne signifie-t-il pas que les entreprises peuvent attendre ?
L’objectif de -40 % porte sur la consommation d’énergie finale du bâtiment tertiaire concerné. Il ne se limite pas à une opération technique particulière.
Un gestionnaire peut donc avoir besoin de combiner plusieurs actions : amélioration de l’isolation, régulation du chauffage, modernisation des équipements, optimisation des horaires de fonctionnement et suivi des consommations.
Attendre les dernières années pour établir un diagnostic peut rendre la trajectoire plus difficile à tenir, notamment lorsque les travaux nécessitent des études, des budgets pluriannuels ou des interventions sur des sites occupés.
Le délai réglementaire peut au contraire servir à établir une stratégie progressive et à prioriser les actions selon leur potentiel énergétique, leur coût et les contraintes d’exploitation.
Quelles actions engager dès maintenant pour réduire les consommations ?
Le choix des travaux doit partir d’un diagnostic des usages et des installations. Toutes les actions ne présentent pas le même intérêt dans chaque bâtiment.
Réaliser un état des lieux énergétique
La première étape consiste à examiner les consommations historiques, les factures, les horaires d’occupation et les consignes de chauffage et de refroidissement.
L’objectif est d’identifier les principaux postes de consommation, les périodes de fonctionnement inutiles et les éventuels écarts entre les performances attendues et le fonctionnement réel.
Pour les bâtiments tertiaires assujettis, il est également important de vérifier les données transmises à OPERAT et de confirmer la trajectoire à suivre pour atteindre les objectifs applicables.
Prioriser l’isolation des réseaux
Les réseaux de chauffage et d’eau chaude sanitaire doivent être inspectés, en particulier lorsqu’ils traversent des locaux non chauffés ou des espaces techniques.
Des canalisations insuffisamment isolées peuvent dissiper une partie de la chaleur avant qu’elle n’atteigne les zones où elle est nécessaire.
Le calorifugeage peut donc constituer une action ciblée pour réduire les pertes sur la distribution. Sa pertinence dépend notamment de la longueur des réseaux, de leur température, de leur état et de leurs conditions d’utilisation.
Optimiser la régulation et le pilotage
Les consignes de chauffage, les plages horaires et les paramètres de régulation doivent correspondre aux besoins réels des occupants et aux conditions d’exploitation.
Dans certains bâtiments, le réglage des équipements existants peut déjà permettre de corriger des dérives. Dans d’autres, une modernisation de la régulation ou l’installation d’un système BACS peut être nécessaire.
Il est utile d’examiner les possibilités d’intégration des équipements et de prévoir un suivi des consommations afin de vérifier les effets des actions engagées.
Étudier la répartition de la chaleur dans les grands volumes
Dans les halls, ateliers et bâtiments tertiaires de grande hauteur, la chaleur peut s’accumuler sous la toiture alors que la température reste moins élevée dans les zones occupées.
Ce phénomène, appelé stratification thermique, ne correspond pas directement à une déperdition à travers l’enveloppe. Il traduit une répartition inégale de la chaleur à l’intérieur du bâtiment.
Un système de déstratification adapté peut contribuer à redistribuer l’air chaud vers les zones occupées et à améliorer l’homogénéité thermique. Son intérêt doit être évalué en fonction de la hauteur du bâtiment, du chauffage existant, des écarts de température et des conditions d’exploitation.
La déstratification ne remplace ni le calorifugeage des réseaux ni les obligations relatives aux BACS ou à la régulation. Elle peut constituer un levier complémentaire dans une stratégie globale de performance énergétique.
Comment organiser sa feuille de route énergétique d’ici 2030 ?
Le report des échéances peut être l’occasion de construire un plan d’action réaliste plutôt que de repousser toutes les décisions.
Une première phase consiste à vérifier les obligations qui s’appliquent effectivement au bâtiment : usage, surface, puissance des équipements, caractéristiques des réseaux et statut du bâtiment existant ou neuf.
Une deuxième phase permet de réaliser un diagnostic, d’identifier les pertes et les dysfonctionnements, puis de hiérarchiser les solutions.
Les actions rapides et peu contraignantes peuvent être programmées en priorité lorsque leur intérêt énergétique est confirmé. Les interventions plus lourdes, comme certains travaux d’isolation ou la modernisation d’un système de pilotage, peuvent être intégrées dans un plan pluriannuel.
Enfin, il est essentiel de suivre les consommations après travaux. Ce suivi permet de vérifier les résultats, de détecter les dérives et d’ajuster les réglages.
Le bon calendrier est celui qui concilie conformité réglementaire, gains énergétiques, budget et continuité d’exploitation.
Déstratification et performance énergétique : quel intérêt pour les bâtiments de grande hauteur ?
Dans un atelier, un hall ou un espace tertiaire de grande hauteur, l’efficacité énergétique ne dépend pas seulement des pertes vers l’extérieur. La façon dont la chaleur est répartie à l’intérieur du volume compte également.
Lorsque les mesures mettent en évidence un écart important entre la température au sol et celle sous la toiture, la déstratification peut être étudiée comme un levier complémentaire.
Pour évaluer son intérêt, il convient d’analyser la configuration du bâtiment, les équipements de chauffage, les températures mesurées et les conditions de fonctionnement. Une étude permet ensuite de déterminer si une installation est pertinente et quel dimensionnement envisager.
Chez ISOBAT, cette démarche peut s’inscrire dans un projet d’étude et d’installation de déstratificateurs d’air, avec examen des possibilités de valorisation CEE lorsque les conditions en vigueur sont réunies.
Conclusion : 2030 approche, mieux vaut anticiper que subir
Le décret du 26 décembre 2025 reporte au 1er janvier 2030 certaines obligations de calorifugeage, de régulation et d’automatisation pour les bâtiments existants concernés. Mais ce calendrier ne signifie pas que tous les travaux peuvent être reportés sans conséquence.
Pour les bâtiments tertiaires assujettis au décret tertiaire, la trajectoire de réduction des consommations reste un enjeu majeur, avec un objectif de -40 % en 2030 selon la méthode de calcul applicable.
Les responsables énergie et gestionnaires de patrimoine ont donc intérêt à utiliser ce délai pour établir un diagnostic, prioriser les travaux et programmer les investissements en fonction des résultats attendus.
Vous gérez un bâtiment de grande hauteur et souhaitez améliorer la répartition de la chaleur ? Contactez ISOBAT pour étudier le potentiel d’une solution de déstratification adaptée à votre bâtiment.
FAQ : calorifugeage, BACS, thermostats et décret tertiaire
Le calorifugeage est-il obligatoire en 2027 ou en 2030 ?
Pour les bâtiments existants concernés par les dispositions du décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025, l’échéance a été reportée au 1er janvier 2030. Des dispositions distinctes s’appliquent aux constructions concernées par les demandes d’autorisation déposées à partir de 2027. Il faut donc vérifier le statut du bâtiment et le texte applicable à la situation.
Le décret BACS est-il reporté à 2030 ?
Pour les bâtiments tertiaires existants concernés, l’échéance d’installation des systèmes BACS a été reportée au 1er janvier 2030. Le dispositif vise notamment les bâtiments équipés d’un système de chauffage ou de climatisation dont la puissance nominale utile est supérieure à 70 kW, sous réserve des conditions et exceptions prévues par les textes.
Le report des thermostats concerne-t-il tous les bâtiments ?
Le report concerne les obligations réglementaires visées par le décret pour les bâtiments existants concernés. Le champ exact dépend des dispositions applicables aux systèmes de chauffage et de refroidissement. Il est recommandé de vérifier le texte en vigueur avant de déterminer les travaux nécessaires.
L’objectif de -40 % du décret tertiaire a-t-il été reporté ?
Le décret n° 2025-1343 porte sur certaines échéances liées aux BACS, à la régulation et au calorifugeage. Il ne modifie pas, à lui seul, l’objectif de réduction de 40 % de la consommation d’énergie finale d’ici 2030 prévu par le dispositif Éco Énergie Tertiaire. Les modalités de calcul et la situation du bâtiment doivent toutefois être vérifiées.
La déstratification permet-elle de respecter le décret tertiaire ?
La déstratification peut contribuer à améliorer l’utilisation de la chaleur dans un bâtiment de grande hauteur et à réduire les besoins de chauffage lorsque la stratification est significative. Elle ne garantit pas à elle seule l’atteinte des objectifs du décret tertiaire, qui dépend de l’ensemble des consommations et des actions pertinentes pour le bâtiment.
Peut-on attendre 2030 pour engager les travaux ?
Le report donne du temps pour planifier les interventions, mais il ne garantit pas que tous les travaux pourront être réalisés rapidement à l’approche de l’échéance. Un diagnostic anticipé facilite la priorisation des actions, la préparation des budgets et la programmation des chantiers.



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